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Comment gérer un conflit quand on est manager ?

29 juil. 2025
5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours

Scène de conflit quand on est manager

Un conflit avec un collaborateur n’a rien à voir avec un désaccord entre collègues. La relation managériale porte une asymétrie de pouvoir qui change tout : ce que vous dites pèse plus lourd, ce que l’autre n’ose pas dire pèse tout autant. Et la plupart des conflits managériaux ne naissent pas d’un désaccord ponctuel, mais de non-dits accumulés. Un exemple concret permet de comprendre comment cela se passe.

Claire est manager. Son collaborateur, Thomas, rend pour la troisième fois un rapport en retard, malgré les deux feedbacks que Claire lui a déjà partagés. Cette fois, elle n’ose pas en reparler, parce qu’elle a peur de le braquer, de passer pour quelqu’un de rigide et d’abîmer la relation. Elle se dit : « Ce n’est pas grave, je ne dis rien. »

Côté Claire, la manager, la frustration s’accumule en silence. Elle ne dit rien, mais elle se crispe. Le jour où Thomas lui apporte un nouveau rapport, elle répond d’un ton sec et elle ne le regarde pas. Elle pense avoir protégé la relation, alors que son corps et sa voix disent le contraire.

Côté Thomas, le collaborateur, ce changement de ton ne passe pas inaperçu. Comme personne ne lui explique ce qui se passe, il interprète : « Elle est en colère contre moi. Je ne suis pas à la hauteur. Elle va peut-être me remplacer. » Il imagine souvent le pire, ce qui lui crée de l’anxiété et une vraie charge mentale.

Voilà ce qu’est le non-dit : il n’est jamais neutre. Claire voulait protéger Thomas, mais elle l’a laissé dans l’incertitude. C’est une violence sourde, une forme d’empathie toxique. Et le jour où la frustration de Claire déborde, elle sort mal : Thomas se défend, n’entend plus le fond du message, et l’incompréhension s’installe.


L’Analyse Transactionnelle a un nom pour ce mécanisme : la collection de timbres. Chaque non-dit se stocke comme un timbre qu’on garde sans l’exprimer, et le jour où on les encaisse tous en même temps, la réaction paraît disproportionnée par rapport à ce qui vient de se passer, alors qu’elle correspond en réalité à tout ce qui s’est accumulé avant. C’est souvent ce qui rend un conflit managérial difficile à comprendre sur le moment : il n’est presque jamais vraiment « à cause de » l’incident déclencheur. Mal géré, ce type de conflit abîme durablement la confiance. Bien géré, il peut au contraire la renforcer.

Quatre repères aident à traverser ce moment sans se tromper de méthode : le modèle de Glasl pour diagnostiquer où en est le conflit, l’Analyse Transactionnelle pour comprendre la dynamique relationnelle en jeu, la CNV pour structurer l’échange lui-même, et enfin un pas de recul avec les 5 dysfonctionnements d’une équipe, pour voir si ce conflit précis n’est pas le symptôme de quelque chose de plus large.


1. Diagnostiquer : à quel stade en est le conflit ? (le modèle de Glasl)

Avant d’agir, il faut savoir à quel stade en est réellement la tension. Le psychosociologue Friedrich Glasl distingue neuf stades d’escalade, regroupés en trois zones :

  • Zone gagnant-gagnant : le désaccord se durcit, les positions se crispent, le ton monte parfois. Un échange direct suffit encore largement à désamorcer les choses.

  • Zone gagnant-perdant : le collaborateur cherche des soutiens auprès du reste de l’équipe, son image de vous (ou la vôtre de lui) se dégrade, des sous-entendus ou menaces plus ou moins voilées apparaissent. Un simple recadrage ne suffit plus : il faut un tiers, RH ou médiateur.

  • Zone perdant-perdant : chacun est prêt à se nuire même au prix de son propre intérêt. Ce niveau dépasse largement le rôle managérial.

La majorité des conflits managériaux se jouent dans la première zone, à condition de ne pas laisser traîner. Plus on attend, plus le conflit glisse vers les zones suivantes, où les options se réduisent.


2. Comprendre la dynamique : l’Analyse Transactionnelle

Une fois le stade identifié, encore faut-il comprendre pourquoi l’échange dérape. L’Analyse Transactionnelle distingue trois états du moi : Parent, Adulte, Enfant. Sous tension, il est très facile pour un manager de basculer en Parent critique, on juge, on moralise, on pointe une faute plutôt qu’un fait. Cette posture déclenche presque mécaniquement chez le collaborateur une réponse d’Enfant : soit soumis, il encaisse sans rien dire et le ressentiment s’accumule en silence, soit rebelle, il conteste frontalement et le conflit s’envenime.

Le seul échange qui fait réellement avancer les choses se joue Adulte à Adulte : des faits, un constat, une question ouverte, sans jugement sur la personne ni sur ses intentions. Concrètement, cela veut dire repérer, dans votre propre discours, les formulations qui sentent le reproche moral (« tu devrais savoir que », « ce n’est pas sérieux ») et les remplacer par des constats factuels et des questions.


3. Structurer l’échange : la CNV

Rester en position Adulte, c’est une intention. La Communication Non Violente donne la structure concrète pour la tenir, en quatre temps :

  • Observation : le fait précis, sans interprétation (« le rapport a été rendu avec trois jours de retard » plutôt que « tu ne prends pas ce projet au sérieux »)

  • Sentiment : ce que cela déclenche chez vous, sans dramatiser

  • Besoin : ce dont vous avez besoin sur le fond, fiabilité, visibilité, coopération, pas la solution que vous avez déjà en tête. Un vrai besoin s’exprime avec « j’ai besoin de », pas « j’ai besoin que tu » : « j’ai besoin de sérénité » est un besoin, « j’ai besoin que tu arrives à l’heure » est déjà une stratégie

  • Demande : une attente claire et concrète pour la suite, avec un point de suivi

Cette structure vaut aussi à l’écoute : laisser au collaborateur l’espace pour exprimer sa propre observation, son propre besoin, avant de conclure quoi que ce soit. Un feedback qui ne va que dans un sens tourne vite au monologue, même formulé en CNV.


4. Prendre du recul : et si ce conflit en disait plus sur l’équipe que sur la personne ?

Une fois la situation immédiate désamorcée, une question mérite d’être posée : ce conflit est-il un incident isolé, ou un symptôme ?

Si ce type de tension revient régulièrement, avec cette personne ou avec plusieurs membres de votre équipe, le modèle des 5 dysfonctionnements d’une équipe de Patrick Lencioni aide à voir la logique d’ensemble. Sa pyramide part d’une base simple : sans confiance entre les personnes, personne n’ose se montrer vulnérable, donc personne n’ose le vrai débat, ce qui produit soit une conflictualité permanente et stérile, soit son inverse, une harmonie de façade où les désaccords n’émergent jamais au bon moment. Dans les deux cas, l’engagement réel et la responsabilisation mutuelle en pâtissent.

Concrètement, cela déplace la question. Ce n’est plus seulement « comment je règle ce désaccord précis », mais « qu’est-ce qui, dans la confiance au sein de mon équipe, rend le désaccord sain difficile à exprimer ». C’est un travail de fond, qui dépasse largement le recadrage ponctuel.


En résumé

Un conflit avec un managé se traverse mieux avec ces quatre réflexes dans l’ordre : évaluer où il en est avant d’agir (Glasl), comprendre la dynamique relationnelle qui l’alimente (AT), structurer l’échange pour rester factuel et clair (CNV), puis, une fois la tension retombée, se demander s’il ne révèle pas un déficit de confiance plus large dans l’équipe (Lencioni).

Ces réflexes ne s’improvisent pas. C’est tout l’objet du parcours de formation que nous avons conçu chez Mind Your Step autour de la prévention et de la gestion des conflits, pour donner aux managers les outils concrets pour désamorcer les tensions avant qu’elles ne s’installent.

 
 
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